La compagnie pétrolière nationale libyenne (NOC) a annoncé jeudi qu’Abdulhamid Dbeibah, le Premier ministre du gouvernement d’unité nationale, avait accepté la démission de Farhat Bengdara, le président de la NOC, invoquant des problèmes de santé urgents comme raison de son incapacité à remplir efficacement ses fonctions.
Si la démission en elle-même n’est peut-être pas une surprise, son timing a soulevé des questions importantes. Cette évolution a coïncidé avec la directive de Dbeibah d’évacuer le personnel libyen des champs pétrolifères de Hamada Red et de confier les opérations à des sociétés turques. Cette décision, qui ferait partie d’un accord clandestin entre Dbeibah et Ankara, a suscité des spéculations sur des motifs cachés liés aux ressources pétrolières lucratives de la Libye.
Des sources ont révélé que les graines de ce conflit ont été semées l’année dernière. En juillet 2023, Bengdara a rencontré Erika Mandrafino, directrice de la communication externe de l’entreprise italienne Eni, avec qui ils ont négocié l’octroi à Eni de droits opérationnels dans le bassin de Ghadamès, le champ pétrolier de Sharara et la région rouge de Hamada. Par la suite, des fuites de communications entre la directrice adjointe de la communication d’Eni, Giovanna Francesco, et le membre du conseil d’administration de la NOC, Masoud Suleiman Musa, ont mis en lumière une réunion prévue entre Bengdara et Mandrafino à Rome.
Après l’accord, la directrice régionale d’Eni, Martina Opezi, a annoncé en septembre 2023 que la Libye restait un pôle stratégique pour les activités en amont d’Eni, avec des plans pour commencer l’exploration dans le bassin de Ghadamès d’ici 2024. Cependant, les ambitions de la Turquie pour le secteur énergétique libyen ont rapidement perturbé ces plans.
Les entreprises énergétiques turques ont activement recherché des contrats exclusifs pour le champ pétrolier de Hamada. Les experts suggèrent que la Turquie a réussi à mettre l’Italie sur la touche en concluant avec Dbeibah un accord décrit comme « pétrole contre pouvoir », dans lequel le soutien turc à la longévité politique de Dbeibah est échangé contre le contrôle des actifs pétroliers libyens.
L’analyste économique et politique Ahmed Khaldoun soutient que la démission de Bengdara est directement liée à cette lutte de pouvoir qui s’intensifie entre Ankara et Rome. Khaldoun a noté que le refus de Bengdara de céder le contrôle des champs pétroliers libyens aux intérêts turcs, favorisant plutôt les partenariats italiens, a été un facteur clé de son départ. Khaldoun a comparé ce scénario au limogeage antérieur du ministre libyen du pétrole, Mohamed Aoun, qui a été démis de ses fonctions dans des circonstances ambiguës qui se sont ensuite révélées être une résistance à l’exploitation étrangère des champs pétroliers nationaux.
Khaldoun affirme que les actions de Dbeibah reflètent un effort calculé pour sécuriser son emprise sur le pouvoir en éliminant les voix dissidentes au sein du secteur pétrolier libyen. En s’alignant sur des puissances étrangères comme la Turquie, Dbeibah cherche à consolider son autorité tout en marginalisant ses rivaux et en privilégiant les alliances extérieures au détriment de la souveraineté de la Libye.